COVID-19 ET PRISE DE CONSCIENCE NOUVEAU PARADIGME

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Le coup de gueule du philosophe André Comte-Sponville sur l’après-confinement

par France Inter  publié le 14 avril 2020 à 17h10

Le célèbre philosophe, auteur du « Petit traité des grandes vertus » (Seuil), André Comte-Sponville a publié une vingtaine d’ouvrages et a partagé dans « Grand Bien Vous Fasse » son sentiment quelque peu alarmiste quant à la société de l’après-confinement.

« La mort fait partie de la vie »

André Comte-Sponville : « Il faut d’abord se rappeler que l’énorme majorité d’entre nous ne mourra pas du coronavirus. J’ai été très frappé par cette espèce d’affolement collectif qui a saisi les médias d’abord, mais aussi la population, comme si tout d’un coup, on découvrait que nous sommes mortels. Ce n’est pas vraiment un scoop. Nous étions mortels avant le coronavirus, nous le serons après.

Montaigne, dans Les Essais, écrivait : « Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant. »

Autrement dit, la mort fait partie de la vie, et si nous pensions plus souvent que nous sommes mortels, nous aimerions davantage encore la vie parce que, justement, nous estimerions que la vie est fragile, brève, limitée dans le temps et qu’elle est d’autant plus précieuse. C’est pourquoi l’épidémie doit, au contraire, nous pousser à aimer encore davantage la vie.

Et puis, André Comte-Sponville note que l’énorme majorité d’entre nous mourra d’autres choses que du coronavirus. Il faut quand même rappeler que le taux de mortalité, les experts en discutent toujours, mais c’est un ou deux pour cent. Sans doute moins quand on aura recensé tous les cas de personnes contaminées qui n’ont pas de symptômes« .

« Est-ce la fin du monde ? »

André Comte-Sponville : « C’est la question qu’un journaliste m’a récemment posée. Vous imaginez ? Un taux de létalité de 1 ou 2 %, sans doute moins, et les gens parlent de fin du monde. Mais c’est quand même hallucinant.

Rappelons que ce n’est pas non plus la première pandémie que nous connaissons.

On peut évoquer la peste, au XIVe siècle, qui a tué la moitié de la population européenne. Mais on a rappelé récemment dans les médias, à juste titre, que la grippe de Hong Kong dans les années 1960 a fait un million de morts. La grippe asiatique, dans les années 1950, a tué plus d’un million de personnes. Autant dire beaucoup plus qu’aujourd’hui dans le monde. On en est à 120 000 morts. En France, les 14 000 morts est une réalité très triste, toute mort est évidemment triste mais rappelons qu’il meurt 600 000 personnes par an en France. Rappelons que le cancer tue 150 000 personnes en France.

En quoi les 14 000 morts du Covid-19 sont-ils plus graves que les 150 000 morts du cancer ? Pourquoi devrais-je porter le deuil exclusivement des morts du coronavirus, dont la moyenne d’âge est de 81 ans ? Rappelons quand même que 95 % des morts du Covid-19 ont plus de 60 ans.

Je me fais beaucoup plus de souci pour l’avenir de mes enfants que pour ma santé de septuagénaire.

 « Attention à ne pas faire de la santé la valeur suprême de notre existence »

André Comte-Sponville : « Il fallait évidemment empêcher que nos services de réanimation soient totalement débordés. Mais attention de ne pas faire de la médecine ou de la santé, les valeurs suprêmes, les réponses à toutes les questions. Aujourd’hui, sur les écrans de télévision, on voit à peu près vingt médecins pour un économiste.

C’est une crise sanitaire, ça n’est pas la fin du monde. Ce n’est pas une raison pour oublier toutes les autres dimensions de l’existence humaine.

La théorie du « pan-médicalisme » 

André Comte-Sponville : « C’est une société, une civilisation qui demande tout à la médecine. En effet, la tendance existe depuis déjà longtemps à faire de la santé la valeur suprême et non plus de la liberté, de la justice, de l’amour qui sont pour moi les vraies valeurs suprêmes. 

L’exemple que je donne souvent c’est une boutade de Voltaire qui date du XVIIIe siècle, Voltaire écrivait joliment : « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé. »

Eh bien, le jour où le bonheur n’est plus qu’un moyen au service de cette fin suprême que serait la santé, on assiste à un renversement complet par rapport à au moins vingt-cinq siècles de civilisation où l’on considérait, à l’inverse, que la santé n’était qu’un moyen, alors certes particulièrement précieux, mais un moyen pour atteindre ce but suprême qu’est le bonheur.

Attention de ne pas faire de la santé la valeur suprême. Attention de ne pas demander à la médecine de résoudre tous nos problèmes. On a raison, bien sûr, de saluer le formidable travail de nos soignants dans les hôpitaux. Mais ce n’est pas une raison pour demander à la médecine de tenir lieu de politique et de morale, de spiritualité, de civilisation.

Attention de ne pas faire de la santé l’essentiel. Un de mes amis me disait au moment du sida : « Ne pas attraper le sida, ce n’est pas un but suffisant dans l’existence« . Il avait raison. Eh bien, aujourd’hui, je serais tenté de dire : « Ne pas attraper le Covid-19 n’est pas un but suffisant dans l’existence« .

Comment essayer de contrebalancer les inégalités après le confinement ? André Comte-Sponville : « Comme hier, en se battant pour la justice, autrement dit en faisant de la politique

Personne ne sait si l’épidémie ne va pas revenir tous les ans auquel cas je doute qu’on ferme toutes nos entreprises pendant trois mois chaque année.

Arrêtons de rêver que tout va être différent, comme si ça allait être une nouvelle humanité. Depuis 200 000 ans, les humains sont partagés entre égoïsme et altruisme. Pourquoi voulez-vous que les épidémies changent l’humanité ? Croyez-vous qu’après la pandémie, le problème du chômage ne se posera plus ? Que l’argent va devenir tout d’un coup disponible indéfiniment ? Cent milliards d’euros, disait le Ministre des Finances mais il le dit lui-même, « c’est plus de dettes pour soigner plus de gens, pour sauver plus de vie ». Très bien. Mais les vies qu’on sauve, ce sont essentiellement des vies de gens qui ont plus de 65 ans. Nos dettes, ce sont nos enfants qui vont les payer.

Le Président, pour lequel j’ai beaucoup de respect, disait « la priorité des priorités est de protéger les plus faibles ». Il avait raison, comme propos circonstanciel pendant une épidémie. Les plus faibles, en l’occurrence, ce sont les plus vieux, les septuagénaires, les octogénaires.

Ma priorité des priorités, ce sont les enfants et les jeunes en général.

Et je me demande ce que c’est que cette société qui est en train de faire de ses vieux la priorité des priorités. Bien sûr que la dépendance est un problème majeur, mais nos écoles, nos banlieues, le chômage des jeunes, sont des problèmes, à mon avis encore plus grave que le coronavirus, de même que le réchauffement climatique, la planète que nous allons laisser à nos enfants.

Le réchauffement climatique fera beaucoup plus de morts que n’en fera l’épidémie du Covid-19.

Ça n’est pas pour condamner le confinement, que je respecte tout à fait rigoureusement.

Mais c’est pour dire qu’il n’y a pas que le Covid-19 et qu’il y a dans la vie et dans le monde beaucoup plus grave que le Covid-19″.

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Coronavirus: espoirs de la découverte de Sandro Giannini – Rédaction du 10 avril 2020

Bologne – Des médias sociaux viennent de bonnes nouvelles sur le Coronavirus, peut-être décisives, qui a des fondements scientifiques et est diffusé par un médecin faisant autorité de Rizzoli de Bologne, Sandro GIANNINI. Il s’agit d’un cursus hautement qualifié: professeur ordinaire d’orthopédie et de traumatologie et de médecine physique à l’Université de Bologne depuis 1989, directeur de la clinique I de l’Institut orthopédique Rizzoli et du laboratoire d’analyse de la marche, partenaire dans des projets européens et dans programmes de recherche nationaux et internationaux, auteur de plus de 600 présentations lors de conférences nationales et internationales et de plus de 400 articles dans des revues Science Citation Index. Son message donne beaucoup d’espoir. La lecture : «Je ne veux pas vous sembler accablant, mais je pense avoir démontré la cause de la létalité des coronavirus. Il n’y a qu’à « Beato Matteo » qu’il y a 2 cardiologues qui tournent plus de 150 lits pour faire de l’échographie avec un effort énorme et l’un est moi. Terrible fatigue ! Cependant, de ce que certains supposaient, mais ne pouvaient pas être sûrs, nous avons maintenant les premières données. Les gens vont à la réanimation pour une thromboembolie veineuse généralisée, en particulier pulmonaire. Si tel était le cas, les réanimations et les intubations ne sont d’aucune utilité car il faut tout d’abord dissoudre, voire prévenir ces thromboembolies. Si vous ventilez un poumon où le sang n’atteint pas, ce n’est pas nécessaire! En fait, 9 décès sur 10. Parce que le problème est cardiovasculaire et non respiratoire ! C’est la microthrombose veineuse, et non la pneumonie qui détermine la mort!

Et pourquoi les thrombus se forment-ils? Parce que l’inflammation, selon le texte de l’école, induit une thrombose par un mécanisme physiopathologique complexe mais bien connu. Donc ? Contrairement à ce que la littérature scientifique, en particulier chinoise, disait jusqu’à la mi-mars, c’est que les anti-inflammatoires ne doivent pas être utilisés. Maintenant, en Italie, des anti-inflammatoires et des antibiotiques sont utilisés (comme dans les influences) et le nombre de patients hospitalisés s’effondre. De nombreux décès, même âgés de 40 ans, avaient des antécédents de fièvre élevée pendant 10 à 15 jours qui n’étaient pas traités correctement. Ici, l’inflammation a tout détruit et préparé le terrain pour la formation de thrombus. Parce que le principal problème n’est pas le virus, mais la réaction immunitaire qui détruit les cellules où le virus pénètre. En fait, nos services COVID n’ont jamais enregistré de patients atteints de polyarthrite rhumatoïde ! Parce qu’ils fabriquent de la cortisone, un puissant anti-inflammatoire!

Par conséquent, les hospitalisations en Italie diminuent et cela devient une maladie qui est traitée à domicile. En en prenant bien soin à domicile, vous évitez non seulement l’hospitalisation, mais aussi le risque thrombotique. Ce n’était pas facile à comprendre car les signes de microembolie se sont estompés, même au niveau de l’échocarde. Mais ce week-end, j’ai comparé les données des 50 premiers patients entre ceux qui respirent mal et ceux qui ne le font pas et la situation est apparue très claire. Pour moi, vous pouvez recommencer à jouer et rouvrir l’entreprise. Rue de quarantaine. Pas tout de suite. Mais il est temps de publier ces données. Le vaccin peut arriver calmement. En Amérique et dans d’autres États qui suivent la littérature scientifique qui appelle à NE PAS utiliser d’anti-inflammatoires, c’est un désastre ! Pire qu’en Italie. Et ce sont des médicaments anciens et bon marché. « (Médias associés – Rouge / Giut)

Source : buongiornionews 10 Aprile, 2020 redazione

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Lundi 30 mars 2020 par Augustin Trapenard (Crédit : Lettres d’intérieur – France Inter)

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et  ce qu’on pouvait lire sur la  banderole  d’une manif  en novembre dernier –L’état compte ses sous, on comptera les morts – résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux,  tout ce jargon technocratique dépourvu de  chair qui noie le poisson de la réalité. Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays :  les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de  livrer des pizzas, de garantir  cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle,  la vie matérielle.

Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas  là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps   pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent  déjà  sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde  dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie,  nous n’avons qu’elle, et  « rien ne vaut la vie » –  chanson, encore, d’Alain  Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui  permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale.

Annie Ernaux, Cergy, le 30 mars 2020

Annie Ernaux est écrivain. Elle vit à Cergy, en région parisienne. Son oeuvre oscille entre l’autobiographie et la sociologie, l’intime et le collectif. Dans cette lettre adressée à Emmanuel Macron, elle interroge la rhétorique martiale du Président.

« Monsieur le Président, je vous écris une lettre… » © Getty / AnthiaCumming

Source : Lettres d’intérieur – France Inter

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Message de White Eagle, de la nation Hopi le 16/03/2020 :  🙏🏽❤✨

 «Ce que l’humanité traverse en ce moment peut être considéré comme un portail et un trou noir.

La décision de tomber dans le trou noir ou de passer par le portail dépend de vous.

S’ils se repentent du problème et consomment les informations 24 heures sur 24, avec peu d’énergie, nerveux tout le temps, avec pessimisme, ils tomberont dans le trou.

Mais si vous saisissez cette occasion pour vous regarder, repenser la vie et la mort, prendre soin de vous et des autres, vous traverserez le portail.

Prenez soin de votre maison, prenez soin de votre corps. Connectez-vous avec le corps central de votre maison spirituelle. Connectez-vous à l’égrégore de votre foyer spirituel.

Corps, maison, corps moyen, maison spirituelle, tout cela est synonyme, c’est la même chose. Lorsque vous en prenez soin, vous vous occupez de tout le reste.

Ne perdez pas la dimension spirituelle de cette crise, ayez l’aspect de l’aigle, qui d’en haut, voit le tout, voit plus largement.

Il y a une demande sociale dans cette crise, mais il y a aussi une demande spirituelle. Les deux vont de pair.

Sans la dimension sociale, nous tombons dans le fanatisme. Mais sans la dimension spirituelle, nous tombons dans le pessimisme et le manque de sens.

Vous étiez prêt à traverser cette crise. Prenez votre boîte à outils et utilisez tous les outils à votre disposition.

Apprenez-en davantage sur la résistance des peuples autochtones et africains : « Nous avons toujours été et continuons d’être exterminés. Mais nous n’avons jamais cessé de chanter, de danser, d’allumer un feu et de nous amuser ».

Ne vous sentez pas coupable d’être heureux pendant cette période difficile. Vous n’aidez pas du tout en étant triste et sans énergie.

Cela aide si de bonnes choses émanent de l’Univers maintenant. C’est par la joie que l’on résiste.

De plus, lorsque la tempête passera, vous serez très important dans la reconstruction de ce nouveau monde. Vous devez être bien et fort. Et, pour cela, il n’y a pas d’autre moyen que de maintenir une vibration belle, heureuse et lumineuse. Cela n’a rien à voir avec l’aliénation :

Il s’agit d’une stratégie de résistance.

Dans le chamanisme, il existe un rite de passage appelé « la quête de la vision ». Vous passez quelques jours seul dans la forêt, sans eau, sans nourriture, sans protection.

Lorsque vous passez par ce portail, vous obtenez une nouvelle vision du monde, car vous avez affronté vos peurs, vos difficultés … C’est ce qu’on vous demande.

Laissez-les profiter de ce temps pour effectuer leurs rituels de recherche de vision.

Quel monde voulez-vous vous construire?

Pour l’instant, voici ce que vous pouvez faire : la sérénité dans la tempête. Calmez-vous et priez, tous les jours.

Établissez une routine pour rencontrer le sacré tous les jours. De bonnes choses émanent, ce que vous émanez maintenant est la chose la plus importante. Et chantez, dansez, résistez par l’art, la joie, la foi et l’amour. «

Et tout s’est arrêté…

Ce monde lancé comme un bolide dans sa course folle, ce monde dont nous savions tous qu’il courait à sa perte mais dont personne ne trouvait le bouton « arrêt d’urgence », cette gigantesque machine a soudainement été stoppée net. A cause d’une toute petite bête, un tout petit parasite invisible à l’œil nu, un petit virus de rien du tout… Quelle ironie ! Et nous voilà contraints à ne plus bouger et à ne plus rien faire. Mais que va t-il se passer après ? Lorsque le monde va reprendre sa marche ; après, lorsque la vilaine petite bête aura été vaincue ? A quoi ressemblera notre vie après ?

Après ? Nous souvenant de ce que nous aurons vécu dans ce long confinement, nous déciderons d’un jour dans la semaine où nous cesserons de travailler car nous aurons redécouvert comme il est bon de s’arrêter ; un long jour pour goûter le temps qui passe et les autres qui nous entourent. Et nous appellerons cela le dimanche.

Après ? Ceux qui habiteront sous le même toit, passeront au moins 3 soirées par semaine ensemble, à jouer, à parler, à prendre soin les uns des autres et aussi à téléphoner à papy qui vit seul de l’autre côté de la ville ou aux cousins qui sont loin. Et nous appellerons cela la famille.

Après ? Nous écrirons dans la Constitution qu’on ne peut pas tout acheter, qu’il faut faire la différence entre besoin et caprice, entre désir et convoitise ; qu’un arbre a besoin de temps pour pousser et que le temps qui prend son temps est une bonne chose. Que l’homme n’a jamais été et ne sera jamais tout-puissant et que cette limite, cette fragilité inscrite au fond de son être est une bénédiction puisqu’elle est la condition de possibilité de tout amour. Et nous appellerons cela la sagesse.

Après ? Nous applaudirons chaque jour, pas seulement le personnel médical à 20h mais aussi les éboueurs à 6h, les postiers à 7h, les boulangers à 8h, les chauffeurs de bus à 9h, les élus à 10h et ainsi de suite. Oui, j’ai bien écrit les élus, car dans cette longue traversée du désert, nous aurons redécouvert le sens du service de l’Etat, du dévouement et du Bien Commun. Nous applaudirons toutes celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont au service de leur prochain. Et nous appellerons cela la gratitude.

Après ? Nous déciderons de ne plus nous énerver dans la file d’attente devant les magasins et de profiter de ce temps pour parler aux personnes qui comme nous, attendent leur tour. Parce que nous aurons redécouvert que le temps ne nous appartient pas ; que Celui qui nous l’a donné ne nous a rien fait payer et que décidément, non, le temps ce n’est pas de l’argent ! Le temps c’est un don à recevoir et chaque minute un cadeau à goûter. Et nous appellerons cela la patience.

Après ? Nous pourrons décider de transformer tous les groupes WhatsApp créés entre voisins pendant cette longue épreuve, en groupes réels, de dîners partagés, de nouvelles échangées, d’entraide pour aller faire les courses où amener les enfants à l’école. Et nous appellerons cela la fraternité.

Après ? Nous rirons en pensant à avant, lorsque nous étions tombés dans l’esclavage d’une machine financière que nous avions nous-mêmes créée, cette poigne despotique broyant des vies humaines et saccageant la planète. Après, nous remettrons l’homme au centre de tout parce qu’aucune vie ne mérite d’être sacrifiée au nom d’un système, quel qu’il soit. Et nous appellerons cela la justice.

Après ? Nous nous souviendrons que ce virus s’est transmis entre nous sans faire de distinction de couleur de peau, de culture, de niveau de revenu ou de religion. Simplement parce que nous appartenons tous à l’espèce humaine. Simplement parce que nous sommes humains. Et de cela nous aurons appris que si nous pouvons nous transmettre le pire, nous pouvons aussi nous transmettre le meilleur. Simplement parce que nous sommes humains. Et nous appellerons cela l’humanité.

Après ? Dans nos maisons, dans nos familles, il y aura de nombreuses chaises vides et nous pleurerons celles et ceux qui ne verront jamais cet après. Mais ce que nous aurons vécu aura été si douloureux et si intense à la fois que nous aurons découvert ce lien entre nous, cette communion plus forte que la distance géographique. Et nous saurons que ce lien qui se joue de l’espace, se joue aussi du temps ; que ce lien passe la mort. Et ce lien entre nous qui unit ce côté-ci et l’autre de la rue, ce côté-ci et l’autre de la mort, ce côté-ci et l’autre de la vie, nous l’appellerons Dieu.

Après ? Après ce sera différent d’avant mais pour vivre cet après, il nous faut traverser le présent. Il nous faut consentir à cette autre mort qui se joue en nous, cette mort bien plus éprouvante que la mort physique. Car il n’y a pas de résurrection sans passion, pas de vie sans passer par la mort, pas de vraie paix sans avoir vaincu sa propre haine, ni de joie sans avoir traversé la tristesse. Et pour dire cela, pour dire cette lente transformation de nous qui s’accomplit au cœur de l’épreuve, cette longue gestation de nous-mêmes, pour dire cela, il n’existe pas de mot.

Écrit par Pierre Alain LEJEUNE, prêtre à Bordeaux,

reçu et édité le 31/03/2020

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UN NOUVEAU PARADIGME EN VUE

???VÉRITÉ OU ILLUSION???

 

MONOLOGUE DU VIRUS

« Je suis venu mettre à l’arrêt la machine dont vous ne trouviez pas le frein d’urgence. »

Faites taire, chers humains, tous vos ridicules appels à la guerre.

Baissez les regards de vengeance que vous portez sur moi.

Éteignez le halo de terreur dont vous entourez mon nom.

Nous autres, virus, depuis le fond bactériel du monde, sommes le véritable continuum de la vie sur Terre.

Sans nous, vous n’auriez jamais vu le jour, non plus que la première cellule.

  • Nous sommes vos ancêtres, au même titre que les pierres et les algues, et bien plus que les singes.
  • Nous sommes partout où vous êtes et là où vous n’êtes pas aussi.
  • Tant pis pour vous, si vous ne voyez dans l’univers que ce qui est à votre semblance !
  • Mais surtout, cessez de dire que c’est moi qui vous tue.
  • Vous ne mourez pas de mon action sur vos tissus, mais de l’absence de soin de vos semblables.
  • Si vous n’aviez pas été aussi rapaces entre vous que vous l’avez été avec tout ce qui vit sur cette planète, vous auriez encore assez de lits, d’infirmières et de respirateurs pour survivre aux dégâts que je pratique dans vos poumons.
  • Si vous ne stockiez vos vieux dans des mouroirs et vos valides dans des clapiers de béton armé, vous n’en seriez pas là.
  • Si vous n’aviez pas changé toute l’étendue hier encore luxuriante, chaotique, infiniment peuplée du monde ou plutôt des mondes en un vaste désert pour la monoculture du Même et du Plus, je n’aurais pu m’élancer à la conquête planétaire de vos gorges.
  • Si vous n’étiez presque tous devenus, d’un bout à l’autre du dernier siècle, de redondantes copies d’une seule et intenable forme de vie, vous ne vous prépareriez pas à mourir comme des mouches abandonnées dans l’eau de votre civilisation sucrée.
  • Si vous n’aviez rendu vos milieux si vides, si transparents, si abstraits, croyez bien que je ne me déplacerais pas à la vitesse d’un aéronef.
  • Je ne viens qu’exécuter la sanction que vous avez depuis longtemps prononcée contre vous-mêmes.
  • Pardonnez-moi, mais c’est vous, que je sache, qui avez inventé le nom d’ « Anthropocène ».
  • Vous vous êtes adjugé tout l’honneur du désastre ; maintenant qu’il s’accomplit, il est trop tard pour y renoncer.
  • Les plus honnêtes d’entre vous le savent bien : je n’ai d’autre complice que votre organisation sociale, votre folie de la « grande échelle » et de son économie, votre fanatisme du système.
  • Seuls les systèmes sont « vulnérables ». Le reste vit et meurt.
  • Il n’y a de « vulnérabilité » que pour ce qui vise au contrôle, à son extension et à son perfectionnement.
  • Regardez-moi bien : je ne suis que le revers de la Mort régnante.
  • Cessez donc de me blâmer, de m’accuser, de me traquer.
  • De vous tétaniser contre moi.
  • Tout cela est infantile.
  • Je vous propose une conversion du regard : il y a une intelligence immanente à la vie.
  • Nul besoin d’être un sujet pour disposer d’une mémoire ou d’une stratégie.
  • Nul besoin d’être souverain pour décider.
  • Bactéries et virus aussi peuvent faire la pluie et le beau temps.
  • Voyez donc en moi votre sauveur plutôt que votre fossoyeur.
  • Libre à vous de ne pas me croire, mais je suis venu mettre à l’arrêt la machine dont vous ne trouviez pas le frein d’urgence.
  • Je suis venu suspendre le fonctionnement dont vous étiez les otages.
  • Je suis venu manifester l’aberration de la « normalité ».
  • « Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie à d’autres était une folie »…
  • « Il n’y a pas de limite budgétaire, la santé n’a pas de prix » : voyez comme je fais fourcher la langue et l’esprit de vos gouvernants !
  • Voyez comme je vous les ramène à leur rang réel de misérables margoulins, et arrogants avec ça !
  • Voyez comme ils se dénoncent soudain non seulement comme superflus, mais comme nuisibles !
  • Vous n’êtes pour eux que les supports de la reproduction de leur système, soit moins encore que des esclaves.
  • Même le plancton est mieux traité que vous.
  • Gardez-vous bien, cependant, de les accabler de reproches, d’incriminer leurs insuffisances.
  • Les accuser d’incurie, c’est encore leur prêter plus qu’ils ne méritent.
  • Demandez-vous plutôt comment vous avez pu trouver si confortable de vous laisser gouverner.
  • Vanter les mérites de l’option chinoise contre l’option britannique, de la solution impériale-légiste contre la méthode darwiniste-libérale, c’est ne rien comprendre à l’une comme à l’autre, à l’horreur de l’une comme à l’horreur de l’autre. Depuis Quesnay, les « libéraux » ont toujours lorgné avec envie sur l’empire chinois ; et ils continuent.
  • Ceux-là sont frères siamois.
  • Que l’un vous confine dans votre intérêt et l’autre dans celui de « la société », revient toujours à écraser la seule conduite non nihiliste : prendre soin de soi, de ceux que l’on aime et de ce que l’on aime dans ceux que l’on ne connaît pas.
  • Ne laissez pas ceux qui vous ont menés au gouffre prétendre vous en sortir : ils ne feront que vous préparer un enfer plus perfectionné, une tombe plus profonde encore.
  • Le jour où ils le pourront, ils feront patrouiller l’armée dans l’au-delà.
  • Remerciez-moi plutôt.
  • Sans moi, combien de temps encore aurait-on fait passer pour nécessaires toutes ces choses inquestionnables et dont on décrète soudain la suspension ?
  • La mondialisation, les concours, le trafic aérien, les limites budgétaires, les élections, le spectacle des compétitions sportives, Disneyland, les salles de fitness, la plupart des commerces, l’assemblée nationale, l’encasernement scolaire, les rassemblements de masse, l’essentiel des emplois de bureau, toute cette sociabilité ivre qui n’est que le revers de la solitude angoissée des monades métropolitaines : tout cela était donc sans nécessité, une fois que se manifeste l’état de nécessité.
  • Remerciez-moi de l’épreuve de vérité des semaines prochaines : vous allez enfin habiter votre propre vie, sans les mille échappatoires qui, bon an mal an, font tenir l’intenable.
  • Sans vous en rendre compte, vous n’aviez jamais emménagé dans votre propre existence.
  • Vous étiez parmi les cartons, et vous ne le saviez pas.
  • Vous allez désormais vivre avec vos proches.
  • Vous allez habiter chez vous.
  • Vous allez cesser d’être en transit vers la mort.
  • Vous haïrez peut-être votre mari. Vous gerberez peut-être vos enfants.
  • Peut-être l’envie vous prendra-t-elle de faire sauter le décor de votre vie quotidienne.
  • A dire vrai, vous n’étiez plus au monde, dans ces métropoles de la séparation.
  • Votre monde n’était plus vivable en aucun de ses points qu’à la condition de fuir sans cesse.
  • Il fallait s’étourdir de mouvement et de distractions tant la hideur avait gagné de présence.
  • Et le fantomatique régnait entre les êtres.
  • Tout était devenu tellement efficace que rien n’avait plus de sens.
  • Remerciez-moi pour tout cela, et bienvenue sur terre !
  • Grâce à moi, pour un temps indéfini, vous ne travaillerez plus, vos enfants n’iront pas à l’école, et pourtant ce sera tout le contraire des vacances.
  • Les vacances sont cet espace qu’il faut meubler à tout prix en attendant le retour prévu du travail.
  • Mais là, ce qui s’ouvre devant vous, grâce à moi, ce n’est pas un espace délimité, c’est une immense béance.
  • Je vous désœuvre. Rien ne vous dit que le non-monde d’avant reviendra.
  • Toute cette absurdité rentable va peut-être cesser.
  • A force de n’être pas payé, quoi de plus naturel que de ne plus payer son loyer ?
  • Pourquoi verserait-il encore ses traites à la banque, celui qui ne peut de toute façon plus travailler ?
  • N’est-il pas suicidaire, à la fin, de vivre là où l’on ne peut même pas cultiver un jardin ?
  • Qui n’a plus d’argent ne va pas s’arrêter de manger pour autant, et qui a le fer a le pain.
  • Remerciez-moi : je vous place au pied de la bifurcation qui structurait tacitement vos existences : l’économie ou la vie.
  • C’est à vous de jouer.
  • L’enjeu est historique. Soit les gouvernants vous imposent leur état d’exception, soit vous inventez le vôtre.
  • Soit vous vous attachez aux vérités qui se font jour, soit vous mettez la tête sur le billot.
  • Soit vous employez le temps que je vous donne maintenant pour figurer le monde d’après à partir des leçons de l’effondrement en cours, soit celui-ci achèvera de se radicaliser.
  • Le désastre cesse quand cesse l’économie. L’économie est le ravage. C’était une thèse avant le mois dernier.
  • C’est maintenant un fait.
  • Nul ne peut ignorer ce qu’il faudra de police, de surveillance, de propagande, de logistique et de télétravail pour le refouler.
  • Face à moi, ne cédez ni à la panique ni au déni.
  • Ne cédez pas aux hystéries biopolitiques.
  • Les semaines qui viennent vont être terribles, accablantes, cruelles.
  • Les portes de la Mort seront grand’ ouvertes. Je suis la plus ravageuse production du ravage de la production.
  • Je viens rendre au néant les nihilistes.
  • Jamais l’injustice de ce monde ne sera plus criante.
  • C’est une civilisation, et non vous, que je viens enterrer.
  • Ceux qui veulent vivre devront se faire des habitudes nouvelles, et qui leur seront propres.
  • M’éviter sera l’occasion de cette réinvention, de ce nouvel art des distances.
  • L’art de se saluer, en quoi certains étaient assez bigleux pour voir la forme même de l’institution, n’obéira bientôt plus à aucune étiquette.
  • Il signera les êtres.
  • Ne faites pas cela « pour les autres », pour « la population » ou pour « la société », faites cela pour les vôtres.
  • Prenez soin de vos amis et de vos amours.
  • Repensez avec eux, souverainement, une forme juste de la vie.
  • Faites des clusters de vie bonne, étendez-les, et je ne pourrai rien contre vous.
  • Ceci est un appel non au retour massif de la discipline, mais de l’attention.
  • Non à la fin de toute insouciance, mais de toute négligence.
  • Quelle autre façon me restait-il pour vous rappeler que le salut est dans chaque geste ?
  • Que tout est dans l’infime.
  • J’ai dû me rendre à l’évidence : l’humanité ne se pose que les questions qu’elle ne peut plus ne pas se poser

 

  • Source = https://lundi.am/Monologue-du-virus